Réflexion sur l'ascension du Mont Blanc par la voie normale
- 8 oct. 2022
- 2 min de lecture
Quand j'ai commencé à me projeter dans le métier de guide de haute montagne, je n'avais pas encore gravi le Mont-Blanc et sa voie normale ne m'attirait pas du tout...
D'une part, les récits d'ascension ne me faisaient pas rêver (je me suis maintenant rendu compte que l'on dit d'ailleurs beaucoup de mal à tort de cette voie, j'ai toujours été bien accueilli dans les refuges et je n'y jamais mal mangé, pour ce qui est de la fréquentation la régulation et le contrôle a fait beaucoup de bien), de l'autre, je préférai consacrer mon temps à des ascensions plus modestes, mais surtout plus technique.

J'ai gravi pour la première fois le Mont-Blanc, après presque 10 ans de pratique de la montagne, avec mon guide "parrain" Didier Angelloz et nos 4 clients par la Voie normale italienne. J'ai tout de suite été séduit. L'éloignement, l'immensité, l'esthétique... Et j'ai éprouvé un immense plaisir que je n'aurai soupçonné. J'en parlerais prochainement.
Par la suite, j'ai guidé principalement sur la Voie normale Française. Certes, c'est moins sauvage et plus aménagé, mais je trouve cette voie tout de même grandiose et c'est toujours un plaisir de monter là-haut. Je pense même que le Mont-Blanc est pour tout alpiniste un point de passage obligé.

Hélas, c'est là que l'os... Alpiniste ? Peut-on
devenir alpiniste en seulement deux ou trois jours de préparation ? Je ne pense pas... C'est pourtant ainsi que nous vendons, en général, l'ascension du Mont Blanc.
Ces deux dernières saisons, j'ai accompagné une vingtaine de tentatives, seules 9 ont abouti.
Les changements de programme à cause de la météo, ou tout simplement l'échec, amenant leurs lots de frustration, parfois de colères...
Et même pour les réussites le bilan reste mitigé, souvent l'effort est trop long, beaucoup de "summiter" finissent complètement lessivés, dégoûtés par l'inconfort de l'effort qui a été nécessaire pour atteindre le sommet et plus encore par la longue descente.
La plupart ne feront sûrement jamais plus d'alpinisme, la case Mont-Blanc cochée sur la "To do list". Bien loin du plaisir que j'éprouve à accompagner mes clients sur ce sommet, le décalage est pourtant flagrant.

En même temps, si je me mets à la course à pied demain, avec l'espoir de participer à l'UTMB en fin de semaine, il est vrai que je serai au mieux déçu, au pire dégoûté.
Le Mont Blanc n'est pas une montagne pour débuter l'alpinisme, on peut y prendre du plaisir, mais cela demande du
temps, de l'investissement et de faire les choses étapes par étapes !
À titre personnel, j'ai décidé de ne plus proposer de stage "Mont-Blanc", si l'on part en montagne ensemble, peut-être que nous irons au Mont-Blanc, peut-être que nous irons ailleurs, à nous d'être opportuniste et d'aller là où la montagne saura nous
récompenser de plaisir.
Se déposséder d'un objectif, c'est éviter frustration et déception et garder un regard critique sur la situation, ce qui est un bon point quand on doit gérer les risques inhérents à la montagne. Et cela ne veut pas dire que nous ne pourrons pas y aller plus tard.




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